
Au Québec, les troubles musculosquelettiques (TMS) représentent de 10 à 12 % des raisons de consultation médicale et constituent la cause principale d’incapacité dans la population québécoise.
Une enquête réalisée en 2001 auprès de la population canadienne âgée de 20 ans et plus indique que 55 % des TMS seraient reliés au travail et affectent plus de 1,2 million d’individus.
Ces lésions représentent, aux États-Unis et au Québec, environ 40 % des lésions professionnelles indemnisées. En plus des coûts médicaux, elles entraînent des coûts humains et sociaux pour la travailleuse ou le travailleur et sa famille, tout comme elles ont un impact économique non négligeable dans la société (absentéisme, perte de personnel qualifié, roulement de personnel, etc.).
Lors de la révolution industrielle, survenue au XIXe et au début du XXe siècle, le travail artisanal a fait place à une production de masse qui a amené le travail à la chaîne. Les conséquences de cette transformation furent la standardisation des modes de production et, pour le travailleur, la réalisation des mêmes gestes durant tout un quart de travail.
Plus près de nous, les changements rapides de la technologie ont favorisé l’apparition de nouvelles situations à risque et de nouveaux problèmes liés à l’utilisation de nouveaux outils comme l’ordinateur. On constate donc que le monde du travail est en constante évolution et l’apparition de troubles musculosquelettiques est bien souvent un témoin de ces changements.
Les termes utilisés pour décrire les troubles musculosquelettiques reliés au travail ont d’abord fait référence à des métiers (la crampe de l’écrivain et celle du télégraphiste, la main de la blanchisseuse) puis à des mécanismes lésionnels (lésions attribuables au travail répétitif (LATR), pathologies d’hypersollicitation). Quoique le terme « LATR » soit encore couramment utilisé au Québec, cette appellation est limitative puisqu’elle met principalement l’accent sur les mouvements répétitifs.
Les TMS correspondent à des atteintes des structures articulaires et péri-articulaires (autour de l’articulation) dans lesquelles plusieurs tissus aux propriétés différentes peuvent être touchés. Ils affectent principalement la région cervicale et les membres supérieurs, la région lombaire et les membres inférieurs.
Les facteurs de risque liés au travail correspondent à des conditions associées aux exigences de la tâche et du milieu de travail et peuvent être directement responsables de l’apparition d’un TMS ou agir comme éléments déclencheurs.
Les grandes catégories d’emploi les plus touchées sont :
On peut agir pour prévenir les TMS en adoptant des mesures techniques portant sur la réduction des efforts, l’amélioration des postures de travail, la diminution de la fréquence des gestes, l’adaptation du poste de travail, le remplacement des outils ou l’amélioration des procédés de fabrication.
On peut aussi adopter des mesures organisationnelles comme la rotation au poste de travail, l’alternance des opérateurs sur le poste afin de limiter le risque (moins de sollicitation par opérateur), l’information sur les positions à risque et leurs conséquences, l’aménagement des pauses au cours du travail, et la formation.
Attention aux signes avant-coureurs! Si vous ressentez une fatigue musculaire localisée et persistante, des douleurs à l’effort, des contractures, des picotements ou engourdissements aux mains ou aux membres inférieurs, il vaut mieux consulter!
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1 On peut aussi consulter Les troubles musculosquelettiques reliés au travail de bureau
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Dr Louis Patry MD, FRCP, CSPQ, DEA travaille à la Clinique de médecine du travail et de l’environnement du CHUM et au CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Santé au travail. Il est médecin spécialiste en médecine du travail et ergonome.