
Le sauvetage dramatique de 33 mineurs chiliens cet automne fut un événement médiatique suivi dans le monde entier. Son heureux dénouement est définitivement réjouissant. Néanmoins, lorsque les aboutissements sont plus dramatiques, comme dernièrement lors des accidents survenus en Nouvelle-Zélande, en Chine et en Turquie, où les mineurs ont été moins chanceux et ont perdu la vie, la presse a vite oublié.
Tout ce battage médiatique n’a pas suffit à attirer l’attention du public sur la dangerosité et les risques d’atteinte à la santé que comporte ce métier.
Lors de ma première visite dans une mine de charbon britannique avec un de mes collègues, l’ingénieur qui nous accompagnait nous déclara candidement que le travail dans une mine était comme celui du soldat au front. Le mineur part le matin sans savoir s’il reviendra indemne le soir. Comme par hasard, durant nos pérégrinations de six kilomètres sous la mer du Nord, la sirène nous alertait d’un autre accident nécessitant la mobilisation des brancardiers, à la grande déconvenue de notre hôte.
Le métier de mineur est l’un des plus dangereux, surtout dans les pays en voie de développement. Révisons rapidement ces risques.
La poussière de la silice cristalline, qui est le constituant majeur de la croûte terrestre, cause une maladie professionnelle appelée la silicose. Il s’agit d’un processus insidieux qui produit une fibrose pulmonaire qui provoque une perte de la capacité expansive du poumon et une diminution de transfert de l’oxygène aux poumons, augmente le risque de tuberculose, d’infections et de cancer. Un des mineurs rescapés au Chili souffre de cette maladie. Après le sauvetage, il a dû demeurer deux semaines à l’hôpital pour cause de pneumonie.
En plus de la silice, le mineur est exposé à une soupe complexe de multiples agents qui briseront sa santé, faisant en sorte qu’un mineur de 50 ans, s’il n’est pas déjà mort d’un cancer ou d’un accident, est souvent un être handicapé dans plusieurs de ses activités, tant professionnelles que de loisir.
Voici un aperçu des sources de danger auxquelles un mineur peut être exposé :
En plus de tous ces dangers, il ne faut pas oublier les lésions les plus fréquentes, à savoir les lésions musculo-squelettiques : mal de dos ou mal de cou chronique, tendinites chroniques au niveau des poignets, des coudes et des épaules dues à la lourdeur des tâches et à de multiples accidents.
Enfin il ne faut pas mésestimer ni oublier les séquelles psychologiques. Comme chez les soldats, beaucoup de mineurs souffrent de stress post-traumatique. Ce sera probablement la conséquence majeure de l’épisode vécu par les mineurs chiliens.
J’ai rencontré plusieurs mineurs dans ma carrière. Ceux-ci, quand arrive l’âge de la retraite, souffrent de douleurs chroniques au cou, au dos, aux membres supérieurs, de sensibilité au froid due à leur maladie vasculaire, sans parler des maladies pulmonaires. Dans de telles conditions, il est souvent impossible de réellement jouir de la retraite.
Ces travailleurs des mines, qui ont créé une grande partie de la richesse canadienne par leur labeur et qui endurent à la fin de leur vie les séquelles de ce dur métier, méritent le plus grand des respects.
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Le Dr Auger est spécialiste en médecine du travail.